Je suis un animal qui prend la parole......
Les Dossiers
 

Interview : Virginie Pocq-St-Jean

Présidente de la commission communication  de la SPA

Par Virginie Bhat

L’an dernier la SPA a financée une campagne contre la fourrure qui devait s’afficher sur des panneaux 4x3 à Paris, le grand public ne l’a jamais vue. Pourquoi ?  

Les deux visuels ont été jugés trop agressifs par le BVP, (Bureau de Vérification de la Publicité). La campagne prévue a été interdite, elle aurait pu choquer des enfants. Malgré tout, nous avons loué des camions d’affichage que nous avons fait tourner dans les rues de Paris et dans certaines grandes villes de province. Dès l’année dernière j’avais suggérée de « rhabiller » la tête et les membres des écorchés de chiens et de chats d’une part pour rendre le coté attachant de nos animaux domestiques et d’autre part pour symboliser le coté futile et cruel de l’arrachage «  de la peau du dos » de l’animal. J’aimerais beaucoup que cet hiver la SPA reprenne ces visuels très explicites.   C’est vrai,    qu’ils dérangent, mais qu 'est-ce qui est le plus choquant ? Le fait de vouloir dénoncer de telles atrocités ou le fait qu’elles existent vraiment ? Des millions de consommateurs vont acheter sous prétexte de l’hiver, pour eux ou même leurs enfants, parkas, gants, et autres bottes garnies de fourrure, pour trois fois rien ! La plupart d’entre eux ne savent pas de quoi il s’agit, surtout lorsque les fourrures sont teintées, maquillées ce qui peut même laisser penser que « c’est de la fausse ». Les étiquetages sont inexistants ou fantaisistes. Nous comptons nous saisir de la DGCCRF pour obtenir des contrôles, il s’agit bel et bien d’infraction. Les consommateurs doivent être conscients de ce qu’ils achètent, surtout quant on peut penser qu’il s’agit de chien ou de chat domestique.

Vous avez acquis pour les besoins de votre enquête des vêtements et objets comportant de la fourrure que vous avez confié à un laboratoire pour analyse, quels sont les résultats ?

Nous avons remis à un premier laboratoire huit échantillons, contrôlés par huissier de justice certifiant l’achat des vêtements et des objets dans le commerce à ce moment, factures à l’appui. Les analyses d’ADN faites par le laboratoire devaient permettre d’identifier scientifiquement l’espèce animale dont les fourrures avaient été tirées. Ainsi nous avons pu apprendre qu’un col de fourrure naturelle étiquetée « racoon », (raton laveur en anglais), provenait en fait  d’un canidé, le chien viverrin! La recherche ADN des autres échantillons n’a rien donnée car les peaux sont fortement traitées entre autre avec du chrome. Cependant, nous avons confié ceux-ci à un autre laboratoire pour tenter d’en savoir plus. Le traitement chimique des fourrures empêche l'extraction « d’ADN exploitable » dans le jargon scientifique ! Croyez bien qu’un fabriquant qui est en mesure d’étiqueter correctement son produit avec des fourrures « autorisées » ne va pas se gêner, ce qui lui permet de facturer son produit à un prix exorbitant. Lorsqu’il s’agit de vison de renard de marte ou autre « fourrure de luxe légalisée », vous n’avez aucun mal à trouver l’étiquette, c’est même ce que vous voyez en premier. Par contre il faut passer à la caisse. Dès lors qu’une fourrure n’est pas chère et que vous ne trouvez pas d’indication précise sur son origine, posez vous la question de savoir pourquoi on ne vous dit pas ce que c’est ! De toute façon, à chaque fois que vous achetez de la fourrure, sachez que vous cautionnez la souffrance, qu’il s’agisse d’un animal sauvage pris au piège, d’élevage élevé en batterie, ou d’origine asiatique en particulier, il aura probablement servi à contenter en plus l’estomac d’amateurs de viande de chat et de chien. C’est en priorité contre les méthodes d’élevage et d’abattage que nous devons nous battre. Je ne suis pas assez naïve pour croire que les femmes cesseront de porter de la fourrure du jour au lendemain.

La SPA va-t-elle mener des prochaines actions communes avec l’Afipa ?

Oui, et je tiens à souligner le travail important d’infiltration et d’investigation de l’Afipa. Nous manifestons ensemble le 26 novembre contre la fourrure à Paris place de la Bastille et la SPA relaye leur pétition en ligne sur son site Internet qui remporte un vif succès. Nous réfléchissons à d’autres actions…
Je m’étonne que les grandes marques du luxe ne s’inquiètent pas de la « traçabilité » des fourrures qu’ils utilisent !


 
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